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Michel Debré, né à Paris le 15 janvier 1912 et mort à Montlouis-sur-Loire le 2 août 1996, était un homme politique français gaulliste.

Il fut le premier Premier ministre de la Cinquième République, dont il contribua à rédiger la constitution.

Michel Debré est le fils du professeur Robert Debré, considéré comme le fondateur de la pédiatrie moderne. Il est sans doute le membre le plus éminent de la famille Debré, une famille qui a donné à son pays plusieurs grands hommes, notamment des médecins. Michel a lui-même quatre fils :

* Vincent Debré, né en 1939, directeur de sociétés.
* François Debré, né en 1942, journaliste.
* Bernard Debré, né en 1944, médecin urologue et homme politique, aujourd'hui député de Paris.
* Jean-Louis Debré, faux jumeau de Bernard, également homme politique, aujourd'hui président de l'Assemblée nationale.

Michel Debré étudie à Paris au Lycée Montaigne, puis au Lycée Louis-le-Grand, obtient le diplôme de l'École libre des sciences politiques et devient docteur en droit à l'Université de Paris, et intègre également l'École nationale d'équitation, à Saumur. Il entre à vingt-deux ans au Conseil d'État.

Mobilisé en 1939 comme officier de cavalerie, il est fait prisonnier à Arthenay en juin 1940 mais parvient à s'évader en septembre de cette année. Il rentre alors au Conseil d'État et se montre favorable au général Maxime Weygand. D'avril à octobre 1941, il est chargé de mission à la résidence général du Maroc. Il retourne de nouveau au Conseil, prête serment au maréchal Philippe Pétain et est promu en 1942 maître des requêtes par Joseph Barthélémy, ministre de la Justice du régime de Vichy. Après l'invasion de la zone libre, en novembre 1942, son maréchalisme disparaît. En février 1943, il s'engage dans la Résistance, adhérant au réseau Ceux de la Résistance (CDLR).

Pendant l'été 1943, il est chargé par le général de Gaulle d'établir la liste des préfets qui remplaceront ceux du régime de Vichy pour le jour de la Libération. Il devient lui-même commissaire de la République à Angers en août 1944. En 1945, de Gaulle le charge auprès du Gouvernement provisoire d'une Mission de la réforme de la fonction publique, dans le cadre de laquelle il crée l'École nationale d'administration, dont l'idée avait été formulée par Jean Zay avant-guerre.

Sous la Quatrième République, Michel Debré adhère au Rassemblement du peuple français fondé par Charles de Gaulle. Il est sénateur d'Indre-et-Loire, de 1948 à 1958. En 1957, il fonde Le Courrier de la colère, journal défendant violemment l'Algérie française et appelant au retour du général de Gaulle au pouvoir. Debré écrit dans l'édition du 2 décembre 1957 : « Que les Algériens sachent bien que l'abandon de la souveraineté française en Algérie est un acte illégitime qui met ceux qui le commettent, ou s'en rendent complices, hors-la-loi et ceux qui s'y opposent, quel que soit le moyen employé, en état de légitime défense. » Cet appel explicite à l'insurrection a conduit a posteriori le socialiste Alain Savary à considérer que « Dans l'affaire de l'OAS, les militaires ne sont pas les coupables, le coupable, c'est Debré. » [1]
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Son gouvernement

Il devient Garde des Sceaux en 1958, dans le cabinet du général de Gaulle. Il y joue un rôle important dans la rédaction de la Constitution de la Cinquième République. Celle-ci acceptée, il inaugure la nouvelle fonction de Premier ministre qu'elle prévoit, de 1959 à 1962.

Après le référendum du 14 avril 1962 approuvant les accords d’Évian, de Gaulle le remplace par Georges Pompidou. En novembre, à l’occasion des élections législatives qui ont suivi la dissolution de l’Assemblée Nationale, il tente de se faire élire député en Indre-et-Loire. Battu, il décide en mars 1963 de se présenter à nouveau à la Réunion, une île qu'il a découverte avec le Président lors d'un voyage de moins de vingt-quatre heures le 10 juillet 1959. Ce choix surprenant s'explique par sa crainte de voir ce qui reste de l'empire colonial français suivre la voie empruntée par l'Algérie, une indépendance dont il ne se console pas. Ainsi, Michel Debré prend acte de la fondation par Paul Vergès quelques années auparavant du Parti communiste réunionnais, un mouvement qui réclame l'autonomie de l'île et la suppression du statut de DOM et qui a organisé quelques jours auparavant de grandes manifestations dans l'île. Il note par ailleurs que l'invalidation de l'élection du maire de Saint-Denis Gabriel Macé rend son poste accessible à l'opposition. Il prend la décision de briguer ce mandat.
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Sa politique réunionnaise

Arrivé dans l'île en avril, Michel Debré est élu député de la première circonscription de la Réunion le 6 mai malgré l'opposition que suscite localement la mesure frappant les fonctionnaires d'outre-mer qu'il a prise en 1960, l'ordonnance Debré. Soutenu par les socialistes que l'autonomie rebutte, il devient immédiatement le leader de la droite locale. Cet état de fait ne sera contesté par Pierre Lagourgue que durant la décennie suivante.

Pour justifier la départementalisation de l'île survenue en 1946 et préserver ses habitants de la tentation indépendantiste, il met en œuvre une politique de développement axée sur la gestion de l'urgence démographique et de la misère qu'elle engendre dans laquelle les observateurs ont reconnu l'attention accordée par son père Robert aux questions sociales. Il fait ouvrir dans l'île le premier centre d'orientation familiale. Il procède par ailleurs à la création de nombreuses cantines scolaires où il fait distribuer gratuitement du lait en poudre aux enfants, le lait Debré. Il lutte personnellement pour obtenir de Paris la création d'un second lycée dans le sud de l'île, au Tampon : il n'y en alors qu'un seul à Saint-Denis pour plusieurs centaines de milliers d'habitants, le Lycée Leconte de Lisle. Il développe également le Service militaire adapté créé par Pierre Messmer.

Considérant que la démographie de l'île est une menace pour son développement, Michel Debré organise durant les années 1960 la migration des Réunionnais vers la métropole. Il crée pour ce faire le BUMIDOM et le CNARM. Dans le même état d'esprit, il fait procéder au déplacement vers l'Hexagone de plus d'un millier d'enfants arrachés à leur famille en vue de repeupler certains départements métropolitains en cours de désertification, notamment la Creuse. Au professeur Denoix qui s'insurgeait de ces pratiques, il répondit dans une lettre : « L'entreprise doit être poursuivie avec d'autant plus de constance qu'elle peut être combinée avec un admirable mouvement d'adoption que nous n'arrivons pas toujours à satisfaire. »

On lui reproche également d'avoir étouffé la culture réunionnaise, notamment le maloya. Genre musical inspiré des pratiques des esclaves, il présentait en effet un profil désavantageux aux yeux de l'élu dans la mesure où il suscitait des sympathies autonomistes.

Son engagement réunionnais n'empêche pas Michel Debré de se voir confier de nouveaux postes. Il hésite ainsi à se présenter en Alsace en 1968. Il accepte surtout plusieurs portefeuilles ministériels, à commencer par celui de l'Économie et des finances. Il sera également aux Affaires étrangères puis à la Défense au début des années 1970. Bientôt, cependant, l'arrivée de Valéry Giscard d'Estaing à l'Élysée le rend moins indispensable. Candidat à l'élection présidentielle de 1981, il ne recueille que 1,66 % des voix.

Le 24 mars 1988, il est élu au premier fauteuil de l'Académie française, succédant au prince Louis de Broglie mort le 19 mars 1987. Sa réception officielle eut lieu le 19 janvier 1989. Après sa disparition, il fut remplacé, le 20 mars 1997, par François Furet, mort avant d'avoir pu siéger sous la Coupole, puis, le 18 juin 1998, par René Rémond.

Atteint de la maladie de Parkinson durant les dernières années de sa vie, il meurt le 2 août 1996. Il est enterré au cimetière d'Amboise, commune dont il a été maire de 1966 à 1989.



guide de voyage sur l'Océan indien (l'ile de la réunion, Maurice, les Mascareignes, Madagascar)