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Introduction Perso
   
     
       
 
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Dans ce contexte de post-modernité, favorable au développement individuel de la dimension spirituelle intérieure, et ceci au détriment de toute structure religieuse revêtant un caractère institutionnel, on est en droit de se demander quel sera l’avenir de tout ce qui a trait à l’ascèse, et à l’apatheia plus spécialement ?

Il est vrai que, rarement notre siècle aura eu autant soif de spiritualité mystique. Les « retraites au désert », qu’il soit de sable ou simplement spirituel, n’ont jamais connu un aussi vif succès. Le silence intérieur est devenu valeur sûre... Les ordres monastiques, dits « contemplatifs », n’ont aucun souci de recrutement. Même l’Eglise Réformée de France possède son « pasteur-ermite259», dont la démarche spirituelle s’inspire de celle des Pères du désert, et d’Evagre plus particulièrement. Les écrits des grands mystiques occidentaux reviennent à l’ordre du jour, tandis que de nouveaux sont mis à jour, ne serait-ce que ceux d’Etty Hillesum260, par exemple. La « prière du cœur » des hésychastes fait un nombre croissant d’adeptes.

Cependant l’apatheia n’est sans doute pas la notion la plus populaire dans une spiritualité contemporaine qui retourne à ses sources orientales. En effet la notion d’ « absence de passions » n’est pas de mode. La passion veut être évaluée positivement et servir de moteur, d’impulsion au comportement humain. On assiste à une revalorisation du sentiment, de l’affectif dans notre société dite sécularisée ; le religieux se trouve réinvesti par l’émotion et la subjectivité, en une sorte d’« achèvement émotionnel de la sécularisation.261 »

L’Eglise chrétienne contemporaine, et celle de la Réforme plus spécialement en cette année 2001, en a compris l’enjeu puisqu’elle a fait de la passion, le thème d’un de ses grands rassemblements. Le chrétien est appelé à « se passionner » pour l’autre ; Dieu lui-même est qualifié de « Dieu passionné.»262

Toutefois, l’apatheia du XXI° siècle a peut-être un avenir, si elle est vécue en tant que silence ou vide intérieur, dans le but d’accueillir toujours davantage la « passion » de Dieu pour nous, « passion » qui nous permet de « nous passionner » pour l’autre. Bref, une apatheia qui sache vivre de la richesse de ses héritages oriental et occidental

 
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